Qu’est-ce qu’un document d’archives ?

Récemment, dans un réseau social, réagissant à un post de Benjamin Suc sur les fonds d’archives audiovisuelles, une jeune juriste exprimait sa gêne face à l’expression « document d’archives » dans la discipline archivistique, et son choix de ne pas l’utiliser. Ceci est assez surprenant. Il est vrai que, avec la dérégulation de la terminologie archivistique ces dernières années, on peut comprendre que certaines personnes soient déroutées. Une bonne occasion, finalement, de revenir sur cette expression et son sens.

Le singulier du mot archives

Le Dictionnaire des archives, français-anglais-allemand : de l’archivage aux systèmes d’information, publié en 1991 par l’AFNOR et l’École nationale des chartes, donne pour « document d’archives » la définition suivante : « Écrit ou enregistrement qui par lui-même ou par son support a une valeur probatoire ou informative. Singulier du mot archives ». Cette dernière expression (singulier du mot archives), aussi concise que percutante, a été proposée à l’époque par Marie-Claude Delmas qui, avec Hervé L’Huillier et moi-même, constituait le groupe de travail de préparation du dictionnaire, sous l’égide de Bruno Delmas. Près de trente ans plus tard, je la trouve toujours excellente et peut-être plus importante que naguère dans un monde qui ne cesse de se focaliser sur l’élément d’information décontextualisé au détriment du groupe, de l’ensemble cohérent, autrement dit du fonds.

Revenons à chacun des deux termes de l’expression : document et archives. Lire la suite

Combien trente ans de vie municipale représentent-ils de mètres linéaires d’archives?

J’aime qu’on me pose des questions. Surtout des questions que je ne me suis pas vraiment posée moi-même mais dont la réponse cependant m’intéresse.

Après la question d’un marchand d’autographe sur l’imprescriptibilité des documents d’archives publiques, j’ai été récemment interrogée par une architecte qui, répondant à un concours pour la réhabilitation d’un bâtiment communal ancien en « bâtiment d’archivage », cherchait à savoir « ce que représente en ml d’archives 30 années d’archivage pour une municipalité ».

J’ai immédiatement pensé au temps de refroidissement du canon…

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Quelle place pour les mails dans les archives historiques?

Une question qui se pose dans le cadre du MOOC « Le mail dans tous ses états » proposé par le CR2PA, et plus spécialement dans la thématique 4 « Conserver / détruire ».

Présentation par Marie-Anne Chabin du projet d’archivage des e-mails de la doyenne de l’Université de Princeton (USA) en 2015 à des fins historiques : méthode, résultats, conclusion.

Pour en savoir plus: Archiving Email at the Princeton University Archives, by Jarrett Drake, 29 mai 2015.

 

MOOC sur le thème « Le mail dans tous ses états »

Après le succès de « Bien archiver : la réponse au désordre numérique », le CR2PA propose son 2e MOOC sur le thème « Le mail dans tous ses états ».

Démarrage ce 9 janvier 2017 de la semaine 1 « Le phénomène mail ».

MOOC Mails-démarrage

Cliquez sur l’image pour retrouver le site du MOOC.

Pour en savoir plus :

Groupe de discussion du MOOC Mail sur Linkedin

Vidéos sur la chaîne Youtube du CR2PA

Présentation du MOOC

Présentation de l’équipe du MOOC

Présentation de la bibliographie.

Imprescriptibilité des archives publiques

Depuis quelques semaines, le mot « imprescriptibilité » (appliqué aux archives publiques) me trottait dans la tête, à la suite de certaines lectures, et je me tâtais pour poster un addendum à mon recueil de billets de blog en -ité  [1]. Ce qui m’a décidée est l’échange que j’ai eu en décembre avec François Chabaud, marchand d’autographes de Bordeaux, qui sollicitait mon expertise sur la notion de revendication d’archives publiques, après avoir été mis en demeure par le service historique du ministère de la Défense de lui remettre gracieusement un document mis en vente sur e-Bay par ce commerçant.

Le document en question est un cahier de douze pages, manuscrit, intitulé « Rapport du capitaine Lacuée, commandant le brick de la République L’Alcion, pris le 20 messidor an 11 par le Narcisse, frégatte [sic] anglaise de 44 pièces de canon de 24, capitaine Donnelly » ; il n’est pas daté autrement que par la date des événements qu’il relate ; on note à la fin, sous la signature du capitaine Lacuée, la mention « Nous officiers embarqués à bord de L’Alcion avons pris lecture de ce mémoire et n’y avons rien trouvé qui ne soit parfaitement conforme à la vérité. Signé Anne, lieutenant en pied ; Bréant, Raybert et Rainjeart », suivie des mots « Pour copie conforme à l’original » et de nouveau la signature de Lacuée.

manuscrit Lacuée-FC

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MOOC du CR2PA: Le mail dans tous ses états!

Le nouveau MOOC du CR2PA « Le mail dans tous ses états » démarrera le 9 janvier 2017 !

CR2PA-MOOC Mail-btLe MOOC s’articule en cinq thématiques :

  1. Le phénomène mail
  2. Le mail, un objet à risque
  3. Écrire, lire, classer
  4. Conserver / détruire
  5. Le mail est-il gouvernable ?

Pour en savoir plus, découvrez le teaser avec le programme et les intervenants du MOOC:
Et rendez-vous sur le blog du CR2PA.

Invariances archivistiques

Parler d’invariance dans ce monde qui change en permanence, est-ce bien raisonnable ?

D’autant plus que la variance ne date pas d’hier : « Souvent femme varie » dit le proverbe (comme si l’homme ne variait pas et ne changeait pas d’idée comme de chemise…° ; le paysage que l’on regarde n’est jamais le même, de même que le mur de l’internaute sur Facebook ou Linkedin qui change à chaque minute.

C’est que l’invariance ne s’applique pas aux choses et aux gens, mais aux lois de la nature telles que les savants les décrivent et les analysent. Le mot invariance appartient d’abord au vocabulaire de la physique et des mathématiques où elle caractérise des lois.

Invariance me semble donc bien adapté pour qualifier deux « lois » archivistiques que j’observe depuis des décennies maintenant.

Tout d’abord, l’invariance de la bi-fonctionnalité de l’écrit.

Depuis l’invention de l’écriture il y a cinq millénaires, son usage se répartit invariablement entre deux grands objectifs : Lire la suite

Réflexion sur le vrac numérique

Vrac numérique1Le mot vrac, d’une manière générale, renvoie à deux réalités bien différentes : le bric-à-brac et le conditionnement en gros.

Il en va de même pour le « vrac numérique » et il convient de distinguer les deux cas de figure.

Halte au vrac ! Vive le vrac !

Le terme vrac comporte une double connotation de mélange d’objets et d’hétérogénéité de ces objets. On trouvera ainsi dans une brocante, pêle-mêle: un roman de Julien Gracq, un album sur l’Aubrac, une statue de saint Patrick, un froc, une cassette VHS de Fric-Frac, 10 grammes de crack, un rapport sur l’Afrique, un décor d’Alexandre Astruc, un disque de rock…

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L’archivage numérique en prime time sur BFM TV

BFM Business, jeudi 24 mars : le focus de l’émission Tech&Co, présentée par Sébastien COUASNON, est consacré à l’archivage numérique, avec la complicité de Delphine SABATTIER.
Pour écouter/voir en replay : http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/donnees-numeriques-comment-relever-le-defi-de-l-archivage-numerique-2403-782815.html

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Invités de l’émission, Hervé STREIFF, de Locarchives, et Marie-Anne CHABIN évoquent les multiples facettes de l’archivage qui, à bon droit, préoccupent autant les particuliers que les entreprises :

  • la différence entre stockage et archivage
  • les risques, entre données personnelles et documents engageants
  • la pérennité des données
  • les volumes démesurés de fichiers numériques de chacun (mails, photos, vidéos) et des entreprises
  • la confidentialité, les coffres forts et le chiffrement (attention à ne pas perdre la clé !)
  • la propriété des données et leur localisation
  • les GAFA, les services rendus et le monopole
  • les responsables d’archivage dans les entreprises et le CR2PA
  • la conservation des bulletins de salaire et des relevés de banque
  • et même l’ubérisation de l’archivage…

Un portrait par petites touches.
À suivre !

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Généalogie sans archives…

En écoutant sur France Info, samedi 12 mars 2016 un peu après 13 h, le reportage d’Anne Lamotte sur le salon de généalogie la mairie du 15e arrondissement de Paris (11 et 12 mars), mon oreille a été frappée par l’absence d’un mot au cours des deux petites minutes que dure le sujet à l’antenne.

Pas une seule allusion aux archives, ni pour évoquer les documents, ni pour évoquer les institutions qui les conservent, ni même le nom de l’éditeur Archives & Culture qui organise le salon.

N’apparaissent sur le devant de la scène du reportage que les sites généalogiques présents au salon et les généalogistes amateurs qui se lancent dans la grande aventure de la connaissance de leur passé familial.

Généalogie sans archives-lkLe mot registre n’est pas prononcé non plus. Cette lacune m’interpelle (au niveau de mon vécu puisque vécu j’ai dans le domaine).

J’écoute et réécoute. Non, rien. Il est en revanche question d’arbres, d’individus et de couples… A new wording indeed. Le micro-trottoir met en avant l’émerveillement d’une nouvelle adepte, Dominique, lorsqu’elle découvre l’indication de la profession de son ancêtre né à Gonesse en 1807 et qui était berger : « On a même ces informations-là ? » lâche-t-elle incrédule. Dominique n’est pas allée aux archives consulter les registres d’état civil ; elle a « cliqué » le couple et elle l’a trouvé grâce à une certaine Monique qui a « enregistré » sur le site un arbre qui comporte ce couple. On note au passage que ce n’est plus l’officier d’état civil qui enregistre mais tout un chacun.

Faut-il s’en émouvoir ? Est-ce fâcheux ?

Non. C’est nouveau mais ce n’est pas choquant. C’est même très intéressant comme manifestation significative de la distanciation croissante entre l’activité ludique, culturelle et sociale qu’est la généalogie (400000 adeptes dit la radio) et le patrimoine écrit national qui la rend possible. Trente ans après « l’invasion » des salles de lecture des archives par les « hordes » de généalogistes, on constate, technologies numériques obligent, une organisation différente de l’activité, une industrialisation de la circulation de l’information généalogique et, partant, une nouvelle économie autour de ces données publiques : ceux qui produisent, ceux qui conservent, ceux qui exploitent, ceux qui consomment. Cette nouvelle économie de la donnée de mémoire est notamment illustrée par la convention de partenariat signée en juillet 2015 par le Département de Seine-et-Marne avec la société Généalogie.com (NotreFamille.com) moyennant le versement d’une redevance forfaitaire de 50 000 € dont le versement doit s’échelonner sur 10 ans.

Ah mes aïeux ! On vit une époque formidable !

Attention cependant à un taylorisme exacerbé de la production des données personnelles.