Archiver, au journal de 20h

Publié par Marie-Anne Chabin, 17 juillet 2014

Avant-hier soir 15 juillet, le 20h de France 2 proposait dans la seconde partie du journal un sujet sur la réutilisation des données personnelles de consommation, intitulé « Enquête : le fichage des cartes de fidélité ». Le présentateur Julian Bugier lançait le sujet par ces mots : « Vos données personnelles, mails, adresses, mais aussi vos habitudes d’achat, sont archivées et souvent revendues au plus offrant… ».

Cartes de fidélité

Je me réjouis chaque fois que je constate que les médias, les entreprises ou les citoyens emploient le verbe archiver, à bon escient, dans un contexte de questions concrètes, de la vie de tous les jours ou de notre vie commune de demain, grandement numérique. Archiver signifie là archiver en ligne, archiver au format électronique, c’est-à-dire capturer des données aujourd’hui dans un système sécurisé pour les conserver et les réutiliser demain (et non pas – faut-il le préciser ? – remiser dans un coin des trucs qui ne servent plus).

Et j’ai de plus en plus d’occasion de me réjouir. Je l’ai dit dans le billet intitulé « De la bonne utilisation du verbe archiver : merci à Viadeo, à Gaz de France, à Bouygues Telecom et à quelques autres » en février dernier.

Le geste d’archiver a du sens, un sens précis dans l’environnement numérique, un sens et une utilité avérée. Les autres mots tournent autour du pot mais sont flous ou inexacts.

Dans le même temps, même si l’expression « documents d’activité » pour traduire l’anglais « records » a fait le flop attendu trois ans après son accouchement au forceps par l’AFNOR, elle résiste sur quelques sites dont celui de l’AFNOR évidemment, avec la page de la Commission nationale 11 dont le nom affiché est « Archives / Gestion des documents d’activité ». L’objet des travaux de la commission est de « maîtriser le cycle de vie des documents produits et conservés » ; là je comprends (et je suis d’accord) mais mieux vaut ne pas lire avant ni après. Il est expliqué que, conformément au code du patrimoine, les documents sont archives dès leur création. Bon, alors, c’est quoi la différence entre archives et documents d’activité ? Les archives sont-elles produites avant les documents d’activité ou après ? Ou alors, les documents d’activité, ce serait les trucs qui ne s’archivent pas ?

J’y perds mon latin, mon anglais et mon tamoul…

Ce parti pris, de la part des archivistes, de ne parler pas d’archivage alors que c’est parfaitement ce dont il est question dans le records management, c’est laisser ce terme à ceux qui ne se contentent de sauvegarde et de stockage. Pas vraiment un bon plan.

J’ai protesté il y a trois ans contre ce néologisme dans mon billet de blog « Traductibilité », contre cette esquive de traduction que représente « document d’activité » face à la valeur de conservation des documents (a document is set apart as a record parce qu’il possède une valeur qui conduit à l’archiver, pour couvrir un risque ou un besoin futur). J’avais alors trouvé comme comparaison la traduction de « yellow submarine » par l’expression vaguement descriptive « moyen de transport jaune », formule tout à fait insuffisante qui favorise le quiproquo…

Je n’ai pas trouvé de meilleure comparaison depuis, ce qui m’amène à me citer, illustration en plus:

Un moyen de transport jaune