Encylopedie archivistique

Encyclopedia of archival scienceJ’ai reçu au début du mois de juillet (il y a trois mois) l’Encylopedia of Archival science, ouvrage collectif édité (au sens français du terme) sous la direction de Luciana Duranti and Patricia C. Franks (Ed. Rowman & Littlefield). Je l’ai reçu avant sa diffusion en librairie vu que j’avais acheté l’ouvrage en souscription en mars dernier parce que, pour moi comme pour beaucoup, le nom de Luciana Duranti est gage de qualité. Je me disais qu’on en parlerait en France à l’automne. Mais, non, pour l’instant, je n’ai rien vu venir.

Une encyclopédie archivistique, en ce début de siècle où les formations en archivistique se sont multipliées, où les archivistes s’interrogent sur ce que sera leur métier en 2030, ce n’est pas rien. Mais l’ouvrage semble n’intéresser ni les archivistes français ni les institutions archivistiques françaises.

Certes, il est écrit exclusivement en anglais et le terme « Encyclopédie » renvoie dans la mémoire collective de ce pays à la Grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, du temps où le français était la langue universelle… Plus récemment, il y a eu l’Encyclopédie Universalis, destinée à être la plus importante encyclopédie généraliste de langue française face à l’encyclopédie de langue anglaise Britannica lancée un demi-siècle plus tôt. Aujourd’hui, il y a Wikipédia, qui existe en français, même si la qualité des articles anglais est en général supérieure. Mais pour l’archivistique (archival science), il existe divers dictionnaires dont le Nouveau glossaire de l’archivage mais, jusqu’à ce jour, pas d’Encyclopédie. Là il n’y a pas de français et la représentativité des Français francophones de France (une des deux patries de l’archivistique avec l’Allemagne) est très symbolique. L’histoire de l’édition suit l’Histoire.

Qu’est-ce qu’une encyclopédie ? Je cite une des définitions du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : « Ouvrage qui fait le tour de toutes les connaissances humaines ou de tout un domaine de ces connaissances et les expose selon un ordre alphabétique ou thématique. ». Ici le domaine est l’archivistique et la présentation alphabétique.

Pourquoi ne parle-t-on pas de cette encyclopédie archivistique sur le net en France ? Parce que la publication est encore récente et que les éventuels commentateurs n’ont pas eu le temps d’en prendre connaissance ? Parce que les personnes susceptibles d’être intéressées par le sujet ne lisent pas l’anglais ? Parce que l’ouvrage prend une optique anglo-saxonne qui en fait une encyclopédie anglo-saxonne et non plus une encyclopédie tout court ? Parce que les archivistes français ne s’intéressent pas à l’archivistique ? Je ne sais pas ; ce à quoi s’intéressent les gens est parfois surprenant. Au moins les étudiants en archivistique devraient-ils se précipiter sur cet ouvrage car comment étudier en 2015-2016 l’ archivistique, a fortiori le records management tellement à la mode, sans connaître et manipuler cette encyclopédie ? Est-ce que les centres de documentation sont fauchés au point de ne pas pouvoir en mettre un ou deux exemplaires à disposition des élèves ?

Le résumé éditeur dit que l’ouvrage est le premier guide exhaustif des concepts, principes et pratiques archivistiques (the first-ever comprehensive guide to archival concepts, principles, and practices). Les notions archivistiques y sont articulées à la diplomatique d’un bout, au « records management » de l’autre.

Donc, non seulement, je l’ai commandé et reçu, mais je l’ai parcouru, feuilleté (je ne dis pas lu car on ne lit pas une encyclopédie ou un dictionnaire de la première à la dernière page comme un polar).

Ma première impression a été sensuelle et inédite : il y a un réel plaisir physique à tenir dans ses mains un beau livre, en l’espèce un bel in-quarto, avec une couverture rigide dotée d’une illustration en couleur plaisante et suggestive, bien imprimé sur deux colonnes, avec des pages numérotées que l’on entend bruisser quand on les tourne (ça change agréable du murmure de la batterie de l’ordinateur). J’ai soudain pris conscience de l’impact de dix années et quelques d’Internetisme quotidien, de surfage webien ou webique (que de vilains mots !). Il est vrai que j’ai largement perdu l’habitude du livre professionnel « en dur », alors que je l’ai conservée pour la littérature. Dans un second temps, je me suis demandée si la disparition des encyclopédies et dictionnaires imprimés n’était pas malgré tout programmée. L’avenir le dira.

Donc, c’est une somme sur le sujet, d’un point de vue tout de même très anglo-saxon, mais les archivistes français s’étant malheureusement fait remarquer ces dernières décennies par la faiblesse de leurs publications théoriques, on ne peut guère s’en étonner. J’aurais bien aimé contribué à la présentation d’un ou deux concepts pour synthétiser mes recherches archivistiques et diplomatique de ce dernier demi-siècle mais on ne m’a pas sollicitée.

L’ouvrage compte 454 pages. Il comporte 145 entrées alphabétiques. Curieusement, la liste de ces 145 entrées, la table des matières en quelque sorte, ne figure pas dans l’ouvrage, les mots commentés étant noyés dans l’index général. Ressentant le besoin de disposer de cette liste, je l’ai dressée et je la donne ici :

  • Access/accessibility, Accountability, Acquisition, Acquisition policy, Advocacy, Appraisal, Architectural records, Archival arrangement, Archival associations, Archival bond, Archival building and facilities, Archival collection, Archival custody, Archival description, Archival education, Archival ethics, Archival exhibit, Archival fonds, Archival history,, Archival inventory, Archival legislation, Archival management system(s), Archival method, Archival policy, Archival practice, Archival preservation, Archival programs, Archival reappraisal, Archival retrieval, Archival science, Archival standards, Archival theory, Archives (institution), Archives (material), Archives and memory, Archives and the web, Archivist, Artistic records, Audio-visual records, Audit and certification (trusted digital repository), Authentication, Authenticity, Authority control, Auxiliary sciences
  • Captured records, Case file, Chain of preservation, Cloud archives, Collecting archives, Collection-management policy, Community archives, Conservation, Context
  • Deaccessioning, Digital archives, Digital preservation, Digital records, Digital records forensics, Digital repository, Digitalization, Diplomatics, Disaster plan, Disposition, records, Document, Documentary editing, Documentary evidence, Documentation plan, Documentation strategy, Donation
  • Electronic document and records management system (EDRMS), Environmental systems, Ephemera, Ethnicity and archives
  • Facsimile, File, Formal analysis, Function, Functional analysis
  • Impartiality (record), Information assurance, Information governance, Information management, Information policy, Interrelatedness (record), Intrinsic value
  • Manuscripts tradition, Metadata, Metadata application profiles, Monetary appraisal
  • Naturalness (record), Objectivity (archivist), Organizational culture, Outreach, Participatory archives, Permanence, Person, Personal records, Photographic records, Postcustodialism, Primary values, Principle of pertinence, Principle of provenance, Principle of respect des fonds, Principle of respect for original order, Private archives, Protocol register, Public records tradition, Public service, Record creation, Record format, Record group, Record(s), Recordkeeping, Recordkeeping metadata, Recordkeeping system(s), Records center, Records classification, Records continuum, Records function, Records inventory, Records lifecycle, Records management, Records management (RIM) standards, Records manager, Records schedule, Records transfer, Registry system, Reliability, Replevin, Risk management (records)
  • Sampling, Secondary value, Selection, Series, Series system, Status of transmission (records), Structural analysis, Subject files, Textual records, Total archives, Trusted custodian
  • Uniqueness, User behavior, Vital records, Web archiving.

Chaque article se décompose en : une introduction, les définitions ou l’explication du concept, des commentaires méthodologique ou de pratiques professionnelles, une conclusion et une bibliographie.

Bonne lecture !