Généalogie sans archives…

En écoutant sur France Info, samedi 12 mars 2016 un peu après 13 h, le reportage d’Anne Lamotte sur le salon de généalogie la mairie du 15e arrondissement de Paris (11 et 12 mars), mon oreille a été frappée par l’absence d’un mot au cours des deux petites minutes que dure le sujet à l’antenne.

Pas une seule allusion aux archives, ni pour évoquer les documents, ni pour évoquer les institutions qui les conservent, ni même le nom de l’éditeur Archives & Culture qui organise le salon.

N’apparaissent sur le devant de la scène du reportage que les sites généalogiques présents au salon et les généalogistes amateurs qui se lancent dans la grande aventure de la connaissance de leur passé familial.

Généalogie sans archives-lkLe mot registre n’est pas prononcé non plus. Cette lacune m’interpelle (au niveau de mon vécu puisque vécu j’ai dans le domaine).

J’écoute et réécoute. Non, rien. Il est en revanche question d’arbres, d’individus et de couples… A new wording indeed. Le micro-trottoir met en avant l’émerveillement d’une nouvelle adepte, Dominique, lorsqu’elle découvre l’indication de la profession de son ancêtre né à Gonesse en 1807 et qui était berger : « On a même ces informations-là ? » lâche-t-elle incrédule. Dominique n’est pas allée aux archives consulter les registres d’état civil ; elle a « cliqué » le couple et elle l’a trouvé grâce à une certaine Monique qui a « enregistré » sur le site un arbre qui comporte ce couple. On note au passage que ce n’est plus l’officier d’état civil qui enregistre mais tout un chacun.

Faut-il s’en émouvoir ? Est-ce fâcheux ?

Non. C’est nouveau mais ce n’est pas choquant. C’est même très intéressant comme manifestation significative de la distanciation croissante entre l’activité ludique, culturelle et sociale qu’est la généalogie (400000 adeptes dit la radio) et le patrimoine écrit national qui la rend possible. Trente ans après « l’invasion » des salles de lecture des archives par les « hordes » de généalogistes, on constate, technologies numériques obligent, une organisation différente de l’activité, une industrialisation de la circulation de l’information généalogique et, partant, une nouvelle économie autour de ces données publiques : ceux qui produisent, ceux qui conservent, ceux qui exploitent, ceux qui consomment. Cette nouvelle économie de la donnée de mémoire est notamment illustrée par la convention de partenariat signée en juillet 2015 par le Département de Seine-et-Marne avec la société Généalogie.com (NotreFamille.com) moyennant le versement d’une redevance forfaitaire de 50 000 € dont le versement doit s’échelonner sur 10 ans.

Ah mes aïeux ! On vit une époque formidable !

Attention cependant à un taylorisme exacerbé de la production des données personnelles.