Interrogations autour du métier d’archiviste

Le titre de ce billet est le sous-titre des pages « Débats et controverses » du journal L’Humanité du 11 janvier 2018, sous le titre « Conservation des « archives essentielles »: un tournant inquiétant ? » dont on peut lire les premières lignes ici.

Ce débat regroupe trois tribunes assez opposées, une écrite par Julien Benedetti (administrateur de l’AAF), une autre de Raphaëlle Branche (historienne à l’initiative de la pétition au sujet des archives essentielles – je ne sais pas s’il faut dire pétition pour ou pétition contre…) et, entre les deux, un texte de ma plume. Je tiens à remercier L’Humanité pour son ouverture d’esprit.

Point de vue de Julien Benedetti

Dépassons les inquiétudes, menons un débat essentiel. C’est l’invitation qui introduit les propos de Julien Benedetti.

Sa tribune stigmatise à bon droit les approximations et inepties du document ministériel qui a fuité dans la presse en novembre et insiste sur le fait que la situation actuelle des archives n’est pas satisfaisante et que le constat ne se limite pas aux Archives nationales. Julien Benedetti invite à améliorer la situation en améliorant le processus de collecte et la formation des professionnels.

Point de vue de Raphaëlle Branche

Le papier de Raphaëlle Branche est titré « Les archives : une urgence démocratique ». Personnellement, je souscris au slogan. Qui ne le ferait pas ? La question reste de ce que l’on met derrière le mot et des moyens que l’État alloue aux archives face aux autres besoins collectifs (les archives n’ayant pas le monopole de l’urgence démocratique).

La suite revient sur la pétition, ce qui l’a motivée (l’insuffisance de moyens pour les services d’archives public) et ses revendications comme la construction de nouveaux bâtiments et la formation des personnels pour traiter les archives numériques. R. Branche reprend les éternelles questions : que collecter ? Comment sélectionner ? Comment conserver ?  Mais sans esquisser concrètement de réponses.

C’est la teneur de cette pétition qui m’a déjà fait réagir (voir Embrouille) tant ses arguments me semblent d’un autre âge et éloignés des réalités archivistiques du XXI siècle, du moins dans la problématique de collecte.

Point de vue de Marie-Anne Chabin

L’Humanité a rebaptisé « Un quiproquo stérile » ma tribune dont le titre initial était « L’essentiel sur les archives » mais je respecte la règle selon laquelle les titres, c’est le domaine de l’éditeur) et j’utilise effectivement cette formule (quiproquo stérile) dans mon texte pour qualifier le point de départ de la pétition.

Mon propos positif est centré sur le processus de fabrication des archives, aujourd’hui comme hier, en suivant le temps qui passe et non en remontant le temps, et sur des éléments méthodologiques pour parler de ce sujet concrètement et de matière productive en 2018 : archivage managérial versus archivage historique, théorie des quatre-quarts des archives historiques, production numérique native versus numérisation, phénomène d’archivobésité.

Conclusion

Outre ces pages dans L’Humanité, des émissions ont eu lieu sur France Culture, sur France Inter, sur Arrêt sur image… L’OVNI « archives essentielles » fait le buzz. Personne ne sait ce que sait mais ça marche. Vive les médias !

Puisse quelque chose de productif sortir de ces débats. En attendant, il conviendrait peut-être de féliciter le ou la « lanceur d’alerte » qui a fait sortir du ministère ce document de travail mal travaillé ? Voire le ou la rédacteur de ce document de travail grâce à qui la politique archivistique de ce pays va peut-être progresser.

Moralité : à quelque chose malheur est bon.

PS. Et je m’interroge toujours sur les illustrations choisies par ces différents médias pour parler du sujet. Un constat hélas très révélateur qui devraient être intégré au débat.


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