Les genres de documents

par Marie-Anne Chabin, publié le 18 juin 2015

L’ouvrage collectif Les genres de documents dans les organisations. Analyse théorique et pratique, élaboré sous la direction de Louise GAGNON-ARGUIN, Sabine MAS, Dominique MAUREL, est paru en janvier 2015, à la Presse de l’Université du Québec (214 pages).
On peut feuilleter la table des matières et le début du livre sur le site de l’éditeur.

Nul doute que l’archivistique québécoise se porte mieux que l’archivistique française, si en juge par le nombre et la qualité des publications. Et surtout, la recherche théorique y est stimulante et prospective, rattachée au domaine d’investigation plus vaste que sont les sciences de l’information. 

PUQ-Genres de documentsC’est donc une publication québécoise mais avec la participation de chercheurs canadiens et d’autres auteurs francophones. Ainsi, aux côtés des trois directrices de l’ouvrage, enseignantes à l’EBSI (École de bibliothéconomie et des sciences de l’information) de l’Université de Montréal, participent à l’étude Inge ALBERTS (Université d’Ottawa), Aïda CHEBBI (Université de la Manouba à Tunis), Jean-Daniel ZELLER (archiviste bien connu des hôpitaux de Genève), Manuel ZACKLAD (directeur du laboratoire DICEN-IDF) et moi-même, membre associé du laboratoire DICEN (entre autres).

Je n’ai pas l’impression que l’on ait beaucoup commenté cet ouvrage en France et c’est dommage (les archivistes français font-ils assez de théorie ?). Heureusement, Jean-Daniel ZELLER a tiré de cet ouvrage plusieurs notes de lecture détaillées très intéressantes – à commencer par la critique de mon article « Théorie des genres et records management » – à retrouver sur son blog :

Jean-Daniel ZELLER n’a pas, en toute logique, rédigé de note de lecture pour son propre article. Je prends donc la relève, en m’excusant à la fois du retard et de la concision.

Genre documentaire et numérique: dissolution ou résistance ? (Jean-Daniel Zeller)

Jean-Daniel Zeller revient sur un sujet qu’il suit depuis plusieurs années avec autant de curiosité que de rigueur. Il s’agit d’analyser l’impact des nouvelles technologies sur la partie des documents qui n’est pas le support et qu’’il appelle « nature du document », terme assez proche de « forme diplomatique » (il faudrait en discuter) et plus large que « genre ». Déjà tout un programme !

Il passe d’abord en revue différentes théories sur le thème « document et numérique » : le document comme « forme-signe-médium » de Roger Pédauque, le concept de données liées avec le modèle RDF et le web sémantique, et met également la question en perspective avec la norme EDIFACT. Cette analyse le conduit à mettre en lumière et à distinguer deux domaines en matière de numérique: le domaine informationnel et ses « grains de connaissance » et le domaine documentaire lié à un événement daté qu’il appelle « transaction » et à la notion d’authenticité.

Se pose alors la question de la pérennité de cette différenciation de ces deux domaines face aux théories de l’écriture (Raffaele Simone et Clarisse Herrenschmidt). Jean-Daniel Zeller plaide pour une analyse plus approfondie du document de transaction, caractérisé par sa forme « close », mais en considérant le document pour ce qu’il est vraiment (« un réseau de données liées ») et non uniquement une chose que l’on voit à l’écran (le « document numérique manifesté » d’InterPARES).
Il conclut que les deux domaines, informationnels et documentaire – opposition traditionnelle entre livre et archives (sur laquelle je me suis penchée également) ou entre gestion et connaissance – ont des finalités différentes et je suis entièrement d’accord avec lui sur ce point bien que je l’exprimerais différemment : l’acte écrit n’est pas soluble dans le web !
Achetez le livre et lisez le détail de l’article !

Petit rectificatif sur les « documents d’activité »

Ayant eu l’honneur de signer le premier chapitre de cet ouvrage, je me dois de faire une mise au point. Le sous-titre 1.4 de mon article, à savoir « Les catégories des documents d’activité (records) » n’est évidemment pas de moi mais est le fait d’une coquille de l’éditeur et, je veux bien l’admettre, d’un manque d’attention, ou de paranoïa, de ma part ; si j’avais craint qu’on ne me prêtât cette expression que je pourfends depuis des années pour sa sottise et son influence néfaste sur les progrès de l’archivistique, j’eusse été plus vigilante. Donc, non, je n’ai pas viré ma cuti ni mis de l’eau dans mon vin (je bois en général du bon vin qui ne se coupe pas sans sacrilège), et je suis toujours horrifiée par les « documents d’activité ». Il faut donc lire « Les catégories des documents d’archives (records) ». L’éditeur québécois ayant exigé (et je veux bien lui abandonner ce droit) d’utiliser un mot français, j’ai choisi « documents d’ archives » pour traduire « record », expression la plus neutre, mais archives s’est mué en activité lors de la composition semble-t-il… Mon titre initial était « Les catégories de « records » », ce qui était défendable pour parler d’une théorie anglo-saxonne, surtout que j’avais bien veillé aux guillemets. Je tenais à faire cette précision, à toutes fins utiles.

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