Manuel sur les Archives nationales de France

La France propose-t-elle des ouvrages sur les Archives nationales des autres pays ? Pas à ma connaissance mais je ne demande qu’à être démentie !

En attendant, j’ai plaisir à faire connaître l’ouvrage, très consistant et remarquablement percutant rédigé, en russe, par Victoria Prozorova-Thomas sur les Archives nationales de France qu’elle connaît bien, comme archiviste et comme chercheuse. Il s’agit d’un manuel est destiné aux étudiants de master 2 « Archives et culture en France» à Moscou (les étudiants moscovites sont gâtés!) mais tous les archivistes et les historiens russophones y puiseront de nombreuses connaissances et une large matière à réflexion.

« Archives – patrimoine national de France XVIII-XX siècles » / Архивы – национальное достояние Франции XVIII – XX веков, par Victoria Prozorova-Thomas, 2017, 365 pages, ISBN: 978-5-906910-22-6

Les non-russophones peuvent avoir une idée de la portée de cet ouvrage, de la profondeur de son analyse archivistique et de sa pertinence en lisant la table des matières et la préface rédigée (ici en français) par  Charles Kecskeméti.

Table des matières du livre de Victoria Prozorova

Chapitre I – Historiographie et terminologie

Chapitre II – Histoire de la conception du patrimoine national et de 5 disciplines qui la composent

Chapitre III – Formation de la conception du patrimoine national en phase finale et la crise de la théorie de la connaissance historique (dans les œuvres de J.Derrida, M. Foucault, P. Ricoeur,)

Chapitre IV – Impact de la conception du patrimoine national sur la théorie et la pratique de l’archivistique

Chapitre V – Globalisation archivistique aux ХIХ-ХХ siècles (l’implication de la France dans la restitution, la normalisation, la coopération)

Annexes diverses

Télécharger la table des matières complète en français.

Extrait de la préface de Charles Kecskeméti, ancien Secrétaire général du Conseil international des Archives

« Le livre de Victoria Prozorova constitue un apport précieux à l’archivistique contemporaine. Conformément à la nature même de la discipline, les analyses théoriques sont toujours confortées par l’expérience professionnelle personnelle de l’auteur. L’ouvrage est écrit en russe, mais il s’agit, bel et bien, d’un travail pionnier sur l’histoire de la pensée, de la méthodologie et de la politique archivistiques françaises ».

[…]

« L’idée-force du livre est que le paradigme archivistique des certitudes (certitudes archivistiques fondées sur le principe de provenance et certitudes fondées sur le rôle des sources primaires et de la critique des sources dans l’historiographie scientifique du XIXe siècle), élaboré à partir des années 1790 et achevé dans les années 1950, a vécu. On est entré dans l’ère « post-paradigmatique », c’est-à-dire dans l’ère de l’élaboration d’un nouveau paradigme. Ce nouveau paradigme se construit dans un cadre conceptuel plus vaste que le cadre archivistique+recherche historique « positiviste ». Le nouveau cadre englobe l’ensemble conceptuel du patrimoine culturel national et l’ensemble conceptuel de la réflexion sur la « reconstruction historique » débarrassée du monopole, voire de la primauté, de l’archive authentique. La situation critique dans laquelle se trouvent l’archivistique et le système d’archives français résulte de la conjonction de ces deux tendances intellectuelles ascendantes ».

[…]

« Mme Prozorova résume avec soin et finesse les théories de la « reconstruction historique » de M. Foucault, P. Ricœur et J. Derrida. Ces contributions passionnantes à la réflexion historique présentent, aux yeux de l’archiviste, le même défaut, à savoir qu’en combinant et juxtaposant sources primaires textuelles et sources non textuelles, elles évacuent du champ de l’histoire l’apport spécifique des archives et les concepts inséparables de l’authenticité et de la critique des sources.

« L’auteur relève plusieurs différences essentielles entre l’archivistique française et l’archivistique anglo-américaine (terme regroupant le Royaume Uni, les États-Unis et Canada). Ainsi, elle observe l’inapplicabilité des méthodes et techniques du records management dans l’administration française, en sorte que l’école archivistique française qui a tant apporté à la méthodologie et aux techniques de la préservation et de la mise en valeur des archives historiques, doit se contenter d’un rôle passif en ce qui concerne la création des documents et la gestion des archives courantes des services publics ».

Lire l’intégralité de la préface.


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